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Du « devoir de s’asseoir » au « cas Onésime » des relations entre chrétiens : homélie du 8 septembre


Saint Paul en prison remettant à Onésime la lettre destinée à Philémon [initiale P de l’épître à Philémon], vers 1185-1195. Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris © Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS

 

 

Homélie du 23e Dimanche ordinaire

[Sg 9, 13-18; Phm 9b-10, 12-17; Lc 14, 25-33]

 

           Jésus se retourne vers ceux qui le suivent et leur redit ses exigences : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. »

          « Sans me préférer », que signifie cette préférence ?

                Ce n’est pas une exclusion. Jésus n’a jamais remis en cause le commandement de Dieu : « Tu honoreras ton père et ta mère ». Jusqu’au moment de la croix, Jésus a honoré sa mère et il l’a même confiée au disciple bien aimé.

              Ce n’est pas une opposition, comme s’il fallait choisir entre le Christ et nos liens affectifs humains.

                  C’est plutôt une invitation à nous tourner vers la source de tout amour afin d’aimer comme lui.

     « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple ». Porter ce n’est pas chercher des épreuves ou des souffrances supplémentaires. Les épreuves et les souffrances sont déjà là pour beaucoup d’entre nous. Porter sa croix, c’est prendre comme le Christ le chemin du véritable amour : celui de l’amour donné qui se met en peine pour l’être aimé. Porter sa croix ce n’est pas changer de chemin, c’est croire que sur le chemin qui est le nôtre, le Christ nous rejoint et nous permet d’aimer à sa façon. Lorsque Jésus se retourne vers ses disciples, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui, il leur adresse une parole exigeante mais en aucun cas décourageante.

          À ceux qui veulent le suivre Jésus propose le devoir de s’asseoir. Celui qui veut construire une tour ou celui qui veut mener un combat jusqu’au bout doit commencer par s’asseoir. Le « devoir de s’asseoir » est une proposition que le mouvement « Les équipes Notre-Dame » fait à ses membres. Chaque couple est invité à prendre le temps d’une pause pour un tête à tête afin de s’expliquer sur des ajustements nécessaires concernant le couple ou la famille mais aussi prendre le temps de dire ce qui est source d’émerveillement dans la relation. C’est ce que le Christ propose à chaque chrétien. Celui qui veut bâtir une tour commence par s’asseoir pour voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout. Pour se mettre à la suite du Christ, il est important de s’asseoir, de faire la pause afin de mesurer ce que cela exige de nous. La foi chrétienne ne consiste pas à expédier quelques affaires religieuses courantes c‘est toujours un appel exigeant.

         Nous baignons dans une société de gens pressés où l’on ne prend plus le temps d’aller au fond des choses. Pour commencer cette nouvelle année d’un bon pied, prenons le temps de nous asseoir pour discerner les appels et les exigences du Seigneur et peut être aussi pour renoncer à ce qui nous encombre.

 

        Notre attachement au Christ doit bouleverser quelque chose dans nos mentalités et nos comportements. Un exemple nous est donné dans la lettre de saint Paul à Philémon. Onésime était esclave de Philémon, il s’est enfui de chez son maître et Paul l’a accueilli. Cela était totalement illégal dans cette société où l’esclavage pouvait concerner 1/3 de la population. Il se trouve qu’Onésime, l’esclave fugitif, s’est converti au Christ grâce à Paul. Mais le maître, Philémon, lui aussi était devenu chrétien grâce à Paul. L’apôtre renvoie Onésime chez son ancien maître avec la lettre que nous venons de lire et qui est la seule que saint Paul a écrite entièrement de sa main [les autres ont été dictées]. Avec beaucoup de délicatesse, Paul demande à Philémon de bouleverser toutes les règles sociales pour accueillir son ancien esclave comme un frère bien aimé. « Il l’est pour moi, combien le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur ». Puisque Onésime a reçu le même baptême que Philémon cela doit remettre en cause les règles qui codifient l’esclavage. L’autre est d’abord un frère puisque enfant du même Dieu et Père. Saint Paul avait déjà écrit aux Galates : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ. »

         Le Christ se retourne vers nous comme il l’a fait pour les disciples de son temps. Son appel est exigeant et nous pouvons alors nous poser la question : Suis-je prêt à accompagner jusqu’au bout cet homme qui se présente comme le Fils de Dieu ?

                   Seigneur, tu m’appelles à tout quitter pour te suivre.

               Seigneur, tu m’appelles donc à trouver d’abord en toi cet amour qui seul peut me sécuriser véritablement et définitivement.

                                                                        Père Paul Destable

 

Base Enluminures, Ministère de la Culture © Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS