Les évêques de Clermont et le chapitre collégial de N-D du Port : une conférence du 14 février 2019


Charte originale sur parchemin de Robert, évêque de Clermont (1196-1227) – © Juliette DUMAS

 

Les relations des évêques de Clermont et du chapitre collégial de Notre-Dame du Port, du Xe au XIIIe siècle, au témoignage des actes épiscopaux.

          Conférence (avec projection) donnée dans le cadre des Rencontres de Saint-Laurent                                                     par Jean-Luc FRAY, Professeur émérite des Universités.

Résumé de la conférence

Le propos était de retracer les liens établis entre le pouvoir épiscopal clermontois et l’église collégiale « Sainte-Marie Principale » – que nous appelons « Notre-Dame du Port » – depuis l’époque de l’évêque Étienne II (v. 943-984) jusqu’à la fin du XIIIe siècle. L’objectif était aussi de faire connaître au public les travaux de recherches des six étudiantes et étudiants en Maîtrise ou en Master d’Histoire qui se sont consacrés, entre 1995 et 2009, dans leurs mémoires de recherche, à la pré-édition de recueils des actes des évêques de Clermont des XIIe et XIIIe siècles et à l’étude des chanoines du chapitre collégial de « Notre-Dame du Port ».

Désormais reconnue par la critique historique comme la première clermontoise dédiée à la Vierge – avant même la cathédrale – ce qui lui valut de porter, du milieu du Xe s. au milieu du siècle suivant, le titre, longtemps énigmatique, de « Sainte-Marie principale », l’église collégiale « Sainte-Marie du Port », siège depuis le milieu du Xe siècle d’un chapitre de chanoines placé en seconde position honorifique derrière le chapitre cathédral, vécut son apogée architectural avec la construction de l’édifice roman que nous connaissons encore, probablement achevé à la fin du XIIe siècle.

Cependant, le chapitre du « Port » (terme apparu au milieu du XIe s.) demeure strictement clermontois, avec une emprise de biens et de droits fonciers intense sur le territoire même de Clermont et dans ses abords immédiats, mais sans, à l’inverse du riche chapitre cathédral, beaucoup déborder sur la campagne du diocèse et, encore moins, sur ses bourgs les plus voisins, nantis de leurs propres collégiales. Cette faible implantation seigneuriale dans un Moyen Âge où la terre et ses revenus demeurent la principale source de la richesse temporelle, support indispensable d’une vie religieuse régulière dans le temps long, peut expliquer le lent « décrochage » du Port : choyé par son véritable fondateur Etienne II au milieu du Xe s., le collège des chanoines du Port jouit encore de la considération des évêques des XIe et XIIe s., ses doyens figurant comme témoins de plusieurs acte épiscopaux. En revanche, l’invite faite par l’évêque Pons en 1185 à tous les diocésains, clercs et laïcs, de contribuer au chantier du Port peut s’interpréter aussi bien comme une nouvelle marque de l’attention épiscopale que comme le possible révélateur d’une difficulté financière. D’autres indices permettent de supposer que la mobilisation des bonnes volontés au service de la construction de la nouvelle cathédrale en « style français », à la fin de la première moitié du XIIIe siècle, a contribué à rejeter dans l’ombre le sanctuaire marial du Port, demeuré jusqu’à nos jours dans son état général du XIIe siècle, de style roman.

Jean-Luc FRAY est Professeur émérite des Universités (Histoire du Moyen Âge) et chercheur au Centre d’Histoire « Espaces et Cultures » (CHEC – Université Clermont Auvergne). Il est membre du bureau de la Commission Internationale d’Histoire des Villes.

Copie sur papier d’un acte (1234) de Hugues de la Tour, évêque de Clermont – © Juliette DUMAS

Sceau d’Ademar de Cros, évêque de Clermont (1286-1297), avers – © Matthieu-Alexandre DURAND

Sceau d’Ademar de Cros, évêque de Clermont (1286-1297), revers – © Matthieu-Alexandre DURAND