Ces saints qui ont vécu de grandes épreuves – Saint VINCENT de PAUL, ou le courage de la charité


Portrait par Simon François de Tours [1606-1671] – Domaine public


Un grand merci à Soeur Saint Jean-Baptiste et à Martine
de nous donner ces textes sur la vie de saints qui ont traversé de grandes épreuves.


On parle volontiers du XVIIe siècle comme du « Grand siècle ». Sans doute pour ceux qu’on nomme précisément « les Grands de ce monde », mais pour les autres ? Les « pauvres » de ce siècle, les milliers de pauvres qui survivaient alors aux ravages des guerres de Religion, aux saccages de la guerre de Trente ans, aux émeutes sanglantes de la Fronde, quand ils avaient survécu aux épidémies, à la famine ou à la mortalité infantile. C’est pour eux que Vincent de Paul va déployer un inlassable courage, prenant la misère à bras-le-corps pour secourir les plus démunis. « Dieu nous place dans la nécessité de faire des choses au-dessus de nos forces » disait-il presque sur le ton de l’excuse !

Vincent naît non loin de Dax le 24 avril 1581, dans une famille roturière d’exploitants agricole qui compte six enfants. Il faut les nourrir! Vincent a des facilités : sur la volonté de son père, il doit devenir prêtre de façon à avoir de bons bénéfices dont profitera la famille. La vocation profonde de Vincent s’opérera bien après sa prêtrise. D’abord vicaire dans une paroisse de Tarbes, et après un voyage hasardeux à Tunis et un court séjour à Rome, le voici à Paris. Il y rencontre Pierre de Bérulle qui vient juste de fonder la société de l’Oratoire, dont le but est essentiellement la formation des prêtres. Vincent est attiré par ce mouvement où il rencontre le père Bourgoin qui bientôt lui confie une cure à Clichy. C’est là, parmi une population paysanne, pauvre, victime de la famine et de la violences des armes comme des épidémies [grippe, peste,choléra…] que Vincent de Paul parle à tous la langue de l’Évangile. Et cette langue le pénètre tout entier, « tout entier amour, mouvement d’amour, intention aimante, acte d’aimer » dira le philosophe Jankélévitch à son sujet. C’est là qu’il devient « Monsieur Vincent, le père des pauvres ». Inlassablement il visite les familles, invite à la messe, ramasse les mourants dans la rue, cherche et souvent trouve des secours pour les plus démunis…

Sa réputation se propage tant que Pierre de Bérulle le rappelle pour le nommer précepteur des enfants de la famille des Gondi. Plongée dans un autre monde !…  Pendant 4 ans il les instruit avec soin et il enseigne aussi à toute la famille que « la charité du Christ nous presse ». Pourtant il est malheureux, rongé par  l’insatisfaction. Le 1er août 1617, il prend congé des Gondi et possession de la cure de Chatillon-les-Dombes, en Bresse [Les paroissiens d’une certaine génération n’ont sans doute pas oublié les premières séquences du film Monsieur Vincent ! ]. L’état de pauvreté et d’abandon de ses nouveaux paroissiens le bouleverse.

Alors il a l’idée de rassembler ceux que le monde, la société et la faim séparent : puisqu’il connaît maintenant les princes de ce monde, il les invite instamment à l’aider pour venir en aide aux indigents. Par leur argent, certes, mais aussi par une action charitable faite de visites, d’amitié, de présence… Et les fondations commencent : la Compagnie des dames de la Charité, puis la Congrégation des filles de la Charité dont Louise de Marillac, veuve, est l’une des premières religieuses. Ces « filles de plein vent », comme les appelle Monsieur Vincent « ont pour monastère les maisons des malades, pour cellule une chambre de louage, pour cloître les rues de la ville et les salles d’hôpitaux. » Il fallait du courage pour oser envoyer des religieuses sur les routes à une époque où il était scandaleux de quitter la clôture. En même temps, avec l’aide financière des Gondi, il fonde la congrégation de la Mission, qui forme des prêtres pour évangéliser les campagnes : les Lazaristes [nom du quartier d’implantation]. Nommé aumônier des galères, Monsieur Vincent se fait l’avocat des  galériens, traités comme le rebut de l’humanité, laissés sans soins, enchaînés dans des caves. Il leur obtient même un hôpital à Marseille en 1645. Quand il ne sillonne pas les chemins et les rues, Monsieur Vincent prêche et les auditeurs affluent pour entendre que tout chrétien se doit d’aimer « les pauvres qui sont nos maîtres ». Ou bien il écrit, pas moins de 30000 lettres, écrites ou dictées, pour quémander souvent, et plus souvent pour encourager, consoler, guider sur le chemin du véritable amour demandé par le Christ.

Et il va aussi apprendre aux Dames de la charité et à tous que le don, sans le pardon, ne saurait être véritable. Car il s’agit de pardonner aux « enfants trouvés » les fautes de leurs mères. En ce Grand Siècle en effet, l’opprobre pèse terriblement sur les mères coupables, contraintes dans la majorité  des cas d’abandonner leur nouveau-né à la porte des églises ou des monastères.  [Entre 1600 et 1638, on estime aujourd’hui à 12000 le nombre de bébés et de petits enfants morts à Paris, faute de soins.] En 1638, Monsieur Vincent s’émeut de tous les trafics criminels dont les survivants sont victimes et que personne n’ignore ! Il va réglementer l’admission de chaque nourrisson : un nom complet doit lui être donné, un dossier personnel doit être constitué, et les conditions de logement, de nourriture, d’entretien, d’éducation seront aussi minutieusement surveillées. Quatre siècles après, les services de l’Assistance publique utilisent encore les mêmes règles de vigilance !

Il obtient également la construction d’un hôpital pour les personnes âgées, qui deviendra plus tard La Salpétrière. Il organise des secours pour les provinces de Picardie ou d’Alsace dévastées  par la guerre ; contre les épidémies, il crée la société des « Aéreux » pour l’ensevelissement des cadavres et les règles d’hygiène. Il envoie les Lazaristes dans les régions les plus touchées par la famine… et il organise aussi des Retraites, toutes conditions confondues : riches et pauvres, jeunes et vieux, illettrés et savants… tous écoutent, prient, mangent ensemble sans distinction, comme les frères d’un même Père.

La sagesse et l’expérience de Monsieur Vincent  le font nommer au « Conseil de conscience » du Roi, qu’il saura limiter dans son opposition aux Protestants, ou éclairer dans celle aux Jansénistes.

Sa formule de vie personnelle : humilité, simplicité, douceur et zèle, aura éclairé et guidé toute son action, jusqu’à sa mort en 1660. 

Canonisé en 1737 par le Pape Clément XII, en 1885, saint Vincent de Paul sera donné par Léon XIII comme « saint patron de toutes les œuvres charitables ».

 

La Prédication de saint Vincent de Paul – Giacomo Zoboli [1681 – 1767]

Vincent de Paul nommé au Conseil de Conscience par la régente Anne d’Autriche,
avec le cardinal Mazarin, le chancelier Pierre Séguier, le grand-pénitencier de Paris Jacques Charton
in « Le plus populaire des saints français, Vincent de Paul » – Librairie Saint Louis, Paris et Grammont, 1905