« Conduis-la vers l’unité parfaite » : un message du Père Paul Destable


Le Bon Samaritain soigne à l’auberge l’homme blessé – Vitrail de Chartres © cathedrale-chartres.org

 

« Conduis-la vers l’unité parfaite »

           Oui, les rassemblements liturgiques sont une composante essentielle de notre vie chrétienne. La foi est éminemment personnelle, le Seigneur appelle chacun par son nom et en même temps la foi est communautaire ; vivre un sacrement, c’est être intégré par le Christ dans le peuple de Dieu. L’Église n’est pas la juxtaposition de croyants individuels mais un peuple de frères.

            Pour éclairer la situation que nous sommes en train de vivre, je vous propose une parabole. Très souvent je rencontre des fiancés qui ont connu une période de distance due à une obligation professionnelle ou autre. Bien sûr il y a une réelle souffrance car leur vocation c’est d’être ensemble. Mais dans l’échange avec eux, ils reconnaissent aussi que cette épreuve a été un temps de mûrissement de leur amour et de leur volonté d’engagement.

                 Il leur a fallu trouver des nouveaux moyens de communication. Nous aussi en paroisse, en vivant l’épreuve de la distanciation, nous développons des moyens pour rester en lien [site internet, chaine YouTube, téléphone, courrier etc.]. En faisant cela, nous ne sommes pas dans le virtuel, comme les fiancés dont je parle nous prolongeons des relations bien réelles. L’épreuve de la distance pour eux, comme le temps de confinement pour nous,  est  comparable au temps de l’Avent ou du Carême où nous sommes appelés à vivre une conversion. Quels sont les appels que Dieu nous adresse dans cette période de dépouillement ? Quels chemins d’humilité et de sobriété heureuse sommes-nous appelés à prendre ? Les fiancés connaissent enfin la joie des retrouvailles. Cette joie nous l’avons éprouvée dans nos assemblées à la fin du premier confinement en célébrant la Pentecôte ; je souhaite qu’il en soit de même pour le temps de l’Avent.

               Le confinement nous prive provisoirement de réalités essentielles pour notre vie familiale, sociale et notre vie chrétienne mais ce qui est le plus grave c’est l’épidémie et donc les personnes malades. À ce jour dans notre département, 376 personnes sont hospitalisées touchées par la Covid. Je connais des familles qui sont dans l’angoisse car un de leurs proches est atteint par cette maladie. Dans notre paroisse Notre-Dame de Clermont nous accompagnons actuellement plusieurs personnes en fin de vie et nous avons célébré autant d’obsèques en une semaine que d’habitude en deux mois. L’urgence est donc la lutte contre cette maladie et du point de vue spirituel la priorité est à la charité : « Maintenant, donc ces trois-là demeurent, la foi, l’espérance et l’amour, mais l’amour est le plus grand. » 

            L’interdiction des célébrations liturgiques publiques est très éprouvante. Pour nous, chrétiens catholiques, la célébration communautaire est vitale pour nourrir notre foi personnelle. Plus une situation est difficile à vivre, plus nous avons besoin de cette force que donne le Seigneur. Plus une société est blessée, plus elle a besoin d’un sursaut spirituel. Je vous partage une de mes inquiétudes. Depuis 10 mois nous ne pouvons plus vivre de célébrations dans les Ehpad. En disant cela je ne fais de reproches à personne mais je nous appelle à tout faire pour soutenir ces personnes y compris sur le plan spirituel. À propos des conséquences du confinement, je pense aussi à tous ceux qui se trouvent dans une situation professionnelle et économique menacée. Il y a aussi les étudiants loin de leurs familles pour qui les « jobs étudiants » sont impossibles.

           Bien sûr j’ai hâte avec vous tous de pouvoir célébrer de nouveau publiquement l’Eucharistie, mais aussi les baptêmes et les mariages. En fonction de la situation sanitaire, il y aura peut-être de nouvelles possibilités à partir du 1er décembre et nous nous y préparons. Mais en attendant, notre foi n’est pas confinée, seuls ou en famille nous pouvons prier et vivre une charité active.

                   La foi au Christ fait de nous une même famille; Celui qui nous unit est plus grand que nos peurs ou nos impatiences. 

« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères,
c’est à moi que vous l’avez fait. » [Évangile du dimanche du Christ-Roi].

Père Paul Destable
17 novembre 2020