Homélie de Mgr François KALIST, archevêque de Clermont, pour la Fête de Notre-Dame du Port 2020


Basilique Notre-Dame du Port © WebTV Clermont

 

Homélie donnée lors de la messe solennelle de la Fête de Notre-Dame du Port.

 

 

Homélie Notre-Dame du Port, 17 mai 2020

             Le contexte particulier dans lequel nous célébrons aujourd’hui Notre-Dame du Port, sous la contrainte des mesures sanitaires destinées à combattre la pandémie, nous rapprochent des circonstances originelles autour desquelles ce pèlerinage a vu le jour. Au début du XVIIe siècle, alors que la peste accablait la ville de Clermont, une procession fut organisée afin de prier la Vierge Marie pour que, par son intercession, la population soit libérée de ce fléau. Quatre siècles plus tard, nous disposons de moyens médicaux efficaces pour lutter contre le coronavirus. Pourtant nous constatons chaque jour la détresse et l’inquiétude de notre société, en dépit de sa technologie et de ses prétentions à créer un environnement toujours plus sûr et définitivement affranchi de tout recours au surnaturel. 

              Nous nous retrouvons, quelques-uns par la présence, beaucoup par les ondes et les écrans, fidèles au rendez-vous de cette fête, désireux malgré tout d’honorer et de prier Marie.  Cela nous apparaît vital, en fidélité à ceux qui nous ont précédés et qui nous ont transmis le témoignage de leur foi. Cela nous apparaît nécessaire, comme un service de l’humanité en détresse. La science, si souvent invoquée, garde toute sa légitimité dans son domaine propre. Il est bon d’y recourir pour lutter contre le mal. Mais dans le combat que nous menons, il reste au fond de l’être humain un sentiment de finitude, d’irréductible fragilité. L’actualité est au déconfinement, il est vrai ; mais demeurent la peur de la contagion, la crainte de manquer du nécessaire, la solitude dans la maladie, l’angoisse devant la mort, la dure épreuve de quitter les siens sans pouvoir les assister dans leurs derniers moments, sans l’hommage des rites funéraires. Et pour nous tous, l’incertitude du lendemain, car nous voulons croire, chiffres à l’appui, que la pandémie régresse, mais en fait nous n’en savons rien. Dans ce monde si prospère, si sûr de son progrès, en fait nous nous reconnaissons démunis et fragiles. 

               Alors nous nous tournons aujourd’hui, avec confiance, vers la Vierge Marie, que son Fils en croix nous a donnée pour mère. En cette fête de Notre-Dame du Port, nous avons entendu le récit de l’annonciation dans l’Évangile selon saint Luc. Une promesse s’accomplit, celle de la venue du sauveur. Dans le même instant, une autre est formulée : « il sera grand, il sera appelé fils du Très-Haut (…) son règne n’aura pas de fin… ». La seule question de Marie ne porte pas sur la signification de toutes ces paroles, elle n’est pas éblouie ou distraite par les grandeurs qu’elles évoquent. Elle porte simplement sur la condition première de leur réalisation : « comment cela se fera-t-il, puisque je suis vierge ? ». Puis elle acquiesce au projet de Dieu : « Je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta parole ». Le « fiat » de Marie, c’est le oui de son Fils à la volonté du Père, c’est sa prière filiale que nous faisons nôtre : « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Marie accueille sans tout comprendre, elle médite tout cela « dans son cœur ». Elle découvrira peu à peu le mystère, partageant la vie de son fils, tout au long de son parcours avec les apôtres, les disciples, les foules, sur les chemins, dans les controverses, les enseignements, les signes, les guérisons. Jusque dans l’épreuve de la croix où tout apparemment s’écroule, où la réalisation des promesses n’a jamais été moins probable. Comment croire encore que le règne de son fils crucifié, sous son écriteau dérisoire « Jésus de Nazareth, roi des Juifs », n’aura pas de fin ?

             Marie, pourtant, n’a pas douté. Nous la retrouvons, selon le témoignage des Actes des Apôtres, avec les Onze, les frères de Jésus, et quelques femmes qui l’avaient suivi dans son itinérance. Après l’ascension du ressuscité, cette Église en devenir vit encore de l’espérance d’une promesse accomplie. Jésus quitte les siens en leur promettant assistance : « vous allez recevoir une puissance, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous ». La puissance de l’Esprit Saint est promesse d’enfantement, tout comme à l’annonciation : « l’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ». C’est le prélude de la Pentecôte, la promesse d’un éclatement, d’un débordement de parole et de joie que rien ne pourra plus arrêter, et qui est venu jusqu’à nous. Pour l’instant tout est clos, confiné entre les murs d’un cénacle. Mais ce confinement n’est point passivité : tous prient, dans l’attente de l’ultime promesse réalisée.

               Nous-mêmes, aujourd’hui, nous demeurons dans une expectative qui se prolonge. Un déconfinement qui ressemble au confinement, puisque les églises ne peuvent rassembler les fidèles, au moins pour quelque temps encore. Nous sommes partagés entre colère, impatience, résignation. C’est la confiance qui doit l’emporter ! L’épreuve est certes douloureuse, mais elle nous conduit aussi à faire la vérité. Cette trop longue attente peut être une promesse de fécondité pour demain. Suivons l’exemple de cette première communauté : les apôtres confinés, dans l’attente du don de l’Esprit Saint. Comme au temps de la nativité, patience et confiance ne seront pas déçues : bientôt ils seront bouleversés par l’irruption de cette force d’en haut, et poussés sur les places publiques pour témoigner de la résurrection de Jésus-Christ. Parmi les apôtres se tient Marie. La préface de la messe votive en l’honneur de Marie mère de l’Église lui donne le titre de « modèle de l’Église en prière ». Marie incarne à la fois l’attente patiente de la venue de l’Esprit Saint, et la confiance inaltérable en l’action de ce même Esprit Saint. Voilà qui oriente notre prière en ces temps difficiles : demeurer dans l’Église, fidèles à la prière avec les apôtres, dans le désir de retrouver demain la communion eucharistique, restant, quoi qu’il arrive, en communion dans la foi, l’espérance et l’amour. 

+ François KALIST