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❛ LETTRE D’INFORMATION ❜

Homélie du 4e dimanche de Carême 2020, de Laetare

 

« Dieu ne regarde pas comme les hommes, les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur » ; voilà ce que le Seigneur dit à Samuel.

 

      Si Dieu regarde au cœur, nous sommes invités à en faire autant pour être le plus possible « accordés » au Seigneur pour répondre à cet appel à être du Christ plutôt que de ce monde. Mais il nous faut rester les pieds sur terre et vivre pleinement notre condition humaine. Notre condition est celle d’être des êtres en relation entre eux. La période actuelle peut sembler mettre en difficulté cette capacité de l’homme à vivre en relation avec ses semblables.

      Et c’est parce que nous avons les pieds sur terre que nous devons respecter scrupuleusement les consignes de protection qui nous sont demandées d’appliquer.

     Peut-être est-ce aussi une opportunité pour ne plus regarder l’apparence mais le cœur de nos frères, pour les rejoindre là où Dieu imprime sa marque, lieu de communion par excellence.

      Une opportunité pour vivre pleinement cette communion des saints à laquelle nous croyons en le proclamant dans le « Credo » et dont le catéchisme des évêques dit : « La communion des saints est d’abord cette communion actuelle réalisée par l’Esprit Saint entre tous les disciples du Christ vivant aujourd‘hui et rassemblés dans l’Eglise » (N°326).

      Être membre de l’Église, c’est faire partie de cette « communion des saints ». Nous la vérifions à la qualité de la fraternité vécue entre nous en présence du Christ à nos côtés.

      Nous ne sommes pas une juxtaposition d’individus mais bien réellement une communion de frères et de sœurs unis en leur cœur entre eux et au Père, par le Christ, dans l’Esprit. Une communion qui se fonde sur l’existence du lien des hommes en Jésus, un lien qui redonne son visage à l’humanité, un lien fondé sur la croix, signe d’amour et de réconciliation.

      Le fait de ne pas pouvoir nous rencontrer en chair et en os, durant ce temps de carême très spécial que les conditions actuelles nous imposent, doit nous aider à prendre conscience d’une manière tout à fait réelle de cette relation primordiale qui nous unit et qui prend naissance dans notre relation primordiale à Dieu, Père créateur.

      Frères et sœurs, ne nous replions pas sur nous-mêmes mais sachons saisir cette chance unique qui nous est donnée de nous connaître en vérité, de faire en sorte que le cœur à cœur avec Dieu auquel nous sommes conviés devienne un cœur à cœur non seulement avec nos frères de la paroisse mais avec l’humanité.

      Un cœur à cœur vécu dans l’absence de l’Eucharistie mais non dans celle de Dieu qui se donne à nous dans un silence qui en dit long, subtile révélation qui nous rappelle que la parole de Dieu ne doit pas pénétrer en nous de force mais au rythme de chacun et dans une communion universelle.  

      Quel moyen paradoxal de se rendre compte de la présence de nos frères par le fait de leur simple absence.

      À n’en pas douter, nos futures célébrations auront un aspect et un goût bien différent, celui du désir de l’autre exacerbé par son manque. Un désir de l’autre uni à nous par le Christ dans une prière confiante vécue durant ces jours de jeûne.

      Une prière personnelle, une méditation, une adoration en esprit et en vérité font partie de la démarche de sainteté. Une prière qui ouvre le temps sur l’éternité de Dieu.

      Un jeûne de l’autre. Un jeûne comblé et apaisé par l’accueil en nos cœurs de la parole bienveillante de Dieu qui « regarde le cœur » et le nourrit.

     Quel superbe exercice de carême que de nous regarder avec les yeux de Dieu, avec les yeux fixés sur nos cœurs.                                                    

Amen                                                                                                                                                                               

Père Alain Croze