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❛ LETTRE D’INFORMATION ❜

         Homélie du 5e dimanche de Carême 2020

       

        Frères et sœurs, la liturgie de la Parole nous propose comme méditation aujourd’hui l’Évangile selon saint Jean 11, 1-45, ou simplement la Résurrection de Lazare.

          La scène se situe à Béthanie, un village à l’est du mont des Oliviers, à environ trois kilomètres de Jérusalem. L’auteur de la catéchèse nous met devant un épisode – un épisode triste – familier : la mort d’un homme. La famille mentionnée, est composée de trois personnes : Marthe, Marie et Lazare. Elle semble être connue de Jésus : au verset. 5, il est dit que Jésus aimait Marthe, sa sœur Marie et Lazare. La visite de Jésus au domicile de cette famille est d’ailleurs mentionnée dans saint Luc 10, 38-42.

          La famille de Béthanie présente des caractéristiques remarquables …  Tout d’abord, l’auteur de la narration ne fait aucune référence aux autres membres, à part Marie, Marthe et Lazare:  il n’y a ni père, ni mère… En outre, Jean insiste sur le degré qui unit les trois : ce sont des « frères » [vers. 1, 2b, 3, 5, 19, 21, 23, 28, 32, 39]. Le mot « frère » [« adelphos » en grec] sera le mot utilisé par Jésus, après la résurrection, pour définir la communauté des disciples [Jn 20, 17]; et ce nom sera commun parmi les membres de la première communauté chrétienne [Jn 21,23]. D’autre part, notons comment la relation entre Jésus et cette famille de frères est décrite… C’est une famille qui est amie avec Jésus, que Jésus connaît et qui elle connaît Jésus, qui aime Jésus et qui est aimée par Jésus, qui reçoit Jésus dans sa maison. 

          Un fait secoue la vie de cette famille : un frère, Lazare, est gravement malade. Les « sœurs » manifestent leur intérêt, leur inquiétude et leur solidarité avec le « frère » malade et informent Jésus. La relation de Jésus avec Lazare est une relation d’affection et d’amitié ; mais Jésus ne va pas immédiatement à sa rencontre : il semble même être délibérément en retard [verset 6]. Du fait de sa passivité, Jésus permet de consommer la mort physique de son « ami ». Probablement, dans l’intention de Jean, le détail signifie que Jésus n’est pas venu modifier le cycle normal de la vie physique de l’homme, le libérant de la mort physique; il est venu donner un nouveau sens à la mort physique et offrir à l’homme la vie éternelle. 

        Après deux jours, Jésus décide de se rendre en Judée pour rencontrer son « ami ». Cependant, l’opposition à Jésus est, précisément, en Judée et, surtout, à Jérusalem. Les disciples essaient de le dissuader : ils n’ont pas encore compris que le plan du Père est que Jésus donne la vie aux malades, même s’il prend des risques et doit offrir sa propre vie. Jésus ne prête aucune attention à la peur des disciples : son seul souci est de réaliser le plan du Père pour donner vie à l’homme. Jésus ne peut pas abandonner son « ami »: il est le berger qui défie le danger pour lui-même. En arrivant à Béthanie, Jésus a trouvé son « ami » enterré il y a quatre jours. Selon la mentalité juive, la mort était considérée comme définitive à partir du troisième jour. Lorsque Jésus arrive, Lazare est donc vraiment mort. Jésus n’élimine pas la mort physique ; mais pour ceux qui sont « amis » avec lui, la mort physique n’est rien de plus qu’un sommeil, dont on s’éveille pour découvrir la vie ultime. 

          À ce stade, les « sœurs » de Lazare entrent en scène. Marthe est la première. Elle manifeste sa désapprobation :  pour elle, Jésus aurait pu empêcher la mort de son « ami », s’il avait été présent, car là où il est, la vie règne. Cependant, même maintenant, Jésus pourra intercéder auprès de Dieu, Dieu le servira et ramènera Lazare à la vie physique. Marta croit en Dieu , croit que Jésus est un prophète par lequel Dieu travaille dans le monde ; mais elle ignore encore que Jésus est la vie du Père et qu’il donne lui-même la vie. 

        Jésus commence sa catéchèse en disant: « ton frère ressuscitera ». Marthe pense que les paroles de Jésus sont une consolation banale et qu’il se réfère à la croyance pharisaïque, selon laquelle les morts vivraient à nouveau, à la fin des temps, lorsque la dernière intervention de Dieu dans l’histoire humaine aura été enregistrée. Ce qu’elle sait déjà, mais ne lui suffit pas : ce dernier jour est encore si loin… 

        Jésus, cependant, ne parle pas de la résurrection à la fin des temps. Ce qu’Il dit, c’est que pour quiconque est un ami de Jésus, il n’y a même pas de mort. Jésus est « la résurrection et la vie » : pour ses amis, la mort physique n’est que le passage de cette vie à la vie pleine. Jésus n’évite pas la mort physique; mais Il offre à l’homme cette vie qui dure éternellement. 

         Marie, l’autre sœur, était restée à la maison. Elle est immobilisée, paralysée par une douleur désespérée. Marthe – qui avait parlé à Jésus et trouvé en lui la réponse à la situation qui l’a fait souffrir – invite sa sœur à sortir de sa douleur et à aller, à son tour, à la rencontre de Jésus. Marie va vite, sans donner d‘explication : elle est consciente que ce n’est qu’en Jésus qu’elle trouvera une solution à la souffrance qui remplit son cœur. Dans les mots de Marie aussi, il y a un reproche à Jésus pour le fait qu’il n’était pas présent, empêchant la mort physique de Lazare. Jésus ne prononce pas un mot de réconfort, il n’exhorte pas non plus à la résignation [comme c’est la coutume dans ces cas]: il fera mieux que cela et montrera qu’il est, en fait, «la résurrection et la vie». 

          La scène de la résurrection de Lazare commence avec Jésus pleurant [verset 35]. Ce ne sont des pleurs bruyants, mais sereins… Jésus montre ainsi son affection pour Lazare, son désir de son « ami » absent. Il – comme nous – ressent la douleur, face à la mort physique d’un être cher; mais sa douleur n’est pas le désespoir. 

          Le jour de notre baptême, nous avons choisi cette vie pleine et définitive que Jésus offre à son peuple et qui lui garantit l’éternité. 

          Tout au long de notre existence sur cette terre, nous vivons des situations dans lesquelles nous sommes touchés par la mort physique de ceux que nous aimons … Il est naturel que nous soyons attristés par leur départ et parce qu’ils ne sont plus physiquement présents avec nous. Notre foi nous invite cependant à être sûrs que les «amis» ne sont pas anéantis : ils ont trouvé la vie éternelle, loin de la faiblesse et de la finitude humaines. 

          Face à la certitude que la foi nous donne, nous sommes invités à vivre la vie sans crainte. Jésus nous libère et nous permet de passer notre vie au service de nos frères, luttant généreusement contre tout ce qui opprime et prive l’homme de sa vie pleine. 

          Amen.

Père Agostinho Hinuwa