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❛ LETTRE D’INFORMATION ❜

Homélie du dimanche des Rameaux 2020

 

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur »

            Cette année, c’est à la maison que nous allons adresser cette acclamation au Seigneur, cette maison où d’habitude nous apportons le rameau bénit, après la célébration à l’église. Notre procession dans la maison ou le jardin sera bien courte et pourtant il est vrai que le Seigneur est celui qui vient chez nous. L’ange Gabriel a rejoint Marie dans sa maison. Chaque baptisé est un temple de l’Esprit Saint, chaque famille est une cellule d’Église, voilà pourquoi nous proposons de vivre aussi des liturgies domestiques durant cette période exceptionnelle. Au début du Carême nous avons entendu cet appel du Christ : « Mais toi quand tu pries, retire-toi dans la pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret. » En écoutant cette parole le mercredi des cendres nous ne pensions pas à quel point elle allait se concrétiser !

            Dès que la liturgie publique pourra reprendre nous bénirons des rameaux et chacun pourra les apporter dans sa maison, dans ce lieu où il a vécu le confinement et peut-être prié plus que d’habitude.

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur »

            Nous sommes habitués à chanter cette acclamation ensemble et en agitant nos rameaux. Cette procession d’entrée dans l’église symbolise l’entrée du Christ dans Jérusalem pour y vivre sa Passion et sa Résurrection. Cette année, nous ne pouvons pas vivre ensemble ce temps de fête, je nous invite à ne pas vivre ces Rameaux 2020 sous le signe de la nostalgie, mais sous celui de l’espérance. Nous sommes privés de nos rencontres habituelles mais nous espérons nous revoir et manifester notre tendresse. Nous sommes privés de l’Eucharistie mais nous espérons nous retrouver pour communier ensemble et former le Corps du Christ.

            Ce temps d’épreuve peut être mis en relation avec ce que le Peuple de Dieu a vécu durant l’exil à Babylone. Comment vivre la fidélité à Dieu alors que le Peuple de l’Alliance avait perdu sa terre, sa ville et son Temple ? Ce manque est bien exprimé dans le Psaume 136 : « Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux saules d’alentours nous avions pendu nos harpes. » Avec cette crise, notre société a perdu beaucoup de certitudes et de sécurités. Notre Église est bien éprouvée avec l’incendie de Notre-Dame de Paris il y a un an et maintenant avec la privation de ce qui est sa colonne vertébrale, les assemblées liturgiques.

            Pour vivre ce temps d’épreuve et d’inquiétude sous le signe de l’espérance, je vous propose une petite parabole. Deux fiancés qui vont se marier dans moins d’un an apprennent que la fiancée doit partir pour un stage en Finlande durant 3 mois. Bien sûr, ils reçoivent cette annonce comme une triste nouvelle. Privés de la présence quotidienne, ils se téléphonent abondamment et se retrouvent sur Skype. Ils apprennent à communiquer autrement. Ce temps de la séparation n’est pas un temps mort de leur amour, c’est le temps de l’espérance. Quand ils se retrouveront leur oui sera encore plus fort. Pour notre vie en Église nous sommes un peu dans la même situation : nous sommes privés des signes que le Seigneur nous donne habituellement : les assemblées, les églises, les sacrements. Ce temps de confinement et d’inquiétude n’est pas un temps mort pour notre foi, c’est le temps de l’espérance.

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur »

          Que cette espérance soutienne notre prière, cette année le Seigneur se propose d’entrer dans le cœur de chacun comme hier il est entré dans Jérusalem pour y vivre sa Passion et sa Résurrection. Quand le Seigneur se donne, il se donne totalement. Cette semaine ne sera pas moins sainte que les autres années.

           Que cette espérance fasse grandir en nous le désir des retrouvailles avec nos assemblées liturgiques. C‘est là que le Seigneur nous constitue comme la famille de ses disciples.  « Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour être un seul corps. » [1Co 12,13]

           Seigneur, dans ta Passion tu t’es abaissé au point d’épouser notre faiblesse humaine. Dans ce temps d’épreuve et de dépouillement rejoins-nous, fortifie-nous et relève-nous.  

             Amen.

                                                                                          Père Paul Destable