« La cathédrale de Clermont et ses usages des années 1830 à la fin des années 1950 » : une conférence du 14 novembre 2019


Les arcs-boutants des terrasses de la cathédrale ont abrité la promesse de trois jeunes
de la paroisse, marquant ainsi la naissance d’une première troupe scoute, le 18 juillet 1926. Photographie © Vincent Flauraud.

 

Conférence donnée dans le cadre des « Rencontres de Saint-Laurent »

par Vincent Flauraud,
Maître de conférences en Histoire contemporaine à l’Université Clermont Auvergne

Résumé de la conférence par Yves Mossé

Il est difficile de résumer la passionnante et riche conférence de Vincent Flauraud sur les usages à la cathédrale de Clermont des années 1830 à la fin des années 1950. On va tenter d’en retenir les idées principales.

La période considérée est d’abord celle de l’achèvement de la cathédrale telle que nous la connaissons. Les travaux d’extension se terminent en 1874 et ses flèches le sont en 1884. L’installation électrique, expérimentée dès 1874, devient pérenne en 1909. Le grand orgue est installé en 1874 et un orgue de chœur en 1887. Dès 1877, le chauffage est installé pour permettre « à la piété de rester plus longtemps au pied des saints autels. » Ce qui permet d’accueillir plus de 7000 personnes à la Pâques 1889. Le manque de places pour les grandes cérémonies continue d’être avancé au point que pour la célébration du retour de Mgr Piguet, en 1945, on doit enlever bancs et chaises.

Avec le début du XXe siècle, à la suite des grands travaux du siècle précédent, un doute s’instaure sur le fait que la cathédrale telle qu’elle apparait désormais ait bien été consacrée. Le 28 novembre 1924, la cérémonie de consécration est finalement organisée, mettant fin à un processus d’édification de près de 700 ans.

La cathédrale est bien sûr « l’église de l’évêque ». C’est ainsi que le nouvel évêque bénéficie d’une « entrée solennelle » parcourant en une marche triomphale le chemin de la gare à la cathédrale, comme le fit encore en 1953 Mgr de la Chanonie. Pourtant la plupart des célébrations se déroulent en l’absence de l’évêque. Mgr Piguet et Mgr de la Chanonie ne réservent plus à la cathédrale qu’un cinquième des offices auxquels ils prennent part contre 50 % pour Mgr Belmont en 1895. Cela est dû à l’amélioration des transports et à un renforcement progressif de la présence épiscopale dans les paroisses clermontoises et hors de Clermont-Ferrand. On note que Mgr Boyer devenu archevêque de Bourges est nommé cardinal en 1895.

Au sein de la cathédrale, le chapitre des chanoines joue un rôle important. Leur rôle est surtout liturgique. En 1920, il y a encore un « office canonial » le dimanche matin et en 1954, Jeudi Saint et Vendredi Saint commencent par des heures canoniales. Le chapitre solennise la liturgie y compris par une tenue, incluant la croix d’argent et la cappa magna noire bordée de violet et en hiver, un capuce en hermine. Les effectifs de chanoines, désignés par l’évêque, varient au fil du temps et des pratiques des différents évêques dont le pouvoir de nomination renforce l’influence. On compte en moyenne une quinzaine de chanoines titulaires mais beaucoup plus de chanoines honoraires, près de 70 au début des années 50. Des cardinaux et des évêques sont nommés  chanoines d’honneur, contribuant au réseau relationnel extérieur de l’évêque.

Parmi les chanoines figure au premier plan le curé-archiprêtre car la cathédrale est aussi église paroissiale. La paroisse d’une quinzaine d’hectares regroupe 8000 habitants au début du XXe siècle et environ 6000 dans les années 1960. Les curés sont assistés de vicaires [de deux à trois)] responsables de quartiers. Ils ont une durée de présence élevée, entre dix et quinze ans. Ils sont souvent des personnalités de grande dimension [l’un deux est même devenu évêque de Cahors en 1866], appelées à présider des cérémonies dans tout le diocèse. Mais les grandes cérémonies, les prédications du carême sont assurées par l’évêque, le vicaire général ou des prédicateurs extérieurs. Pour aider le curé, on a déjà recours à de nombreux laïcs, au sein d’une Fabrique jusqu’à la loi de séparation [on comptait 7 clercs pour 6 laïcs cooptés en 1902]. Des bedeaux, un sacristain et un Suisse contribuaient aux aspects matériels et cérémoniels.

Car la cathédrale offre aux cérémonies une « piété solennisée ». Elle dispose d’une maîtrise et même sous le Second Empire et au début de la IIIe République, dans les grandes occasions, du concours de la musique militaire et de l’Orphéon municipal. En 1905, Clermont accueille le congrès national de musique religieuse. La maîtrise a un tel renom qu’à compter de 1935 elle participe à des retransmissions radiophoniques.

Le recours à des décors éphémères solennise certaines cérémonies comme les funérailles des évêques ou encore en 1895 la commémoration du huitième centenaire de l’appel à la première croisade. D’immenses tentures, souvent ornées de blasons, des drapeaux tricolores pour fêter une victoire militaire mais aussi des guirlandes de roses ou des massifs de verdures visent à souligner sans la dissimuler l’architecture pérenne.

L’offre en offices ordinaires était importante : six messes quotidiennes en 1884 en semaine et le dimanche. A partir des années 1950, le nombre d’offices se réduit. Il faut y ajouter nombre de célébrations ou fêtes patronales comme celles réservées aux artisans, aux musiciens ou aux militaires. En 1935, apparait la messe des étudiants catholiques. La cathédrale joue un rôle pionnier avec les confréries comme celle de la Bonne-Mort ou celle de Notre-Dame du Perpétuel Secours fondée en 1894.

Entre 1903 et 1933, les processions sont interdites jusqu’à  ce que le Conseil d’État casse l’interdiction. La cathédrale reste, par sa stature qui domine la ville et par son rôle, le pôle religieux de la ville. Les processions partent des paroisses et la rallient. Ce sont ses cloches qui sonnent en premier à la veille de Pâques.

Au XIXe siècle, les  autorités civiles et militaires sont présentes dans les grandes occasions sauf à partir de 1905, [à l’exception de la période de l’Union Sacrée pendant la Grande Guerre], et jusqu’à la première moitié des années 1930. Le repli du gouvernement à Vichy fait de la cathédrale clermontoise la plus proche du centre du pouvoir entre 1940 et août 1944.

Le général De Gaulle est présent dans le chœur le 1er juillet 1945 et avec la IVe République, on retrouve des relations plus apaisées tant du côté de l’État que de l’Église.

Avant les grandes réformes liturgiques de Vatican II, la cathédrale est même un  lieu d’expérimentation en matière de rites. Ainsi, en 1947, une messe est dite « face au peuple » : l’autel majeur est caché derrière une tenture rouge, le trône épiscopal est placé devant face aux fidèles et l’autel est dressé à la croisée du transept.

La fonction religieuse diocésaine de la cathédrale s’accentue comme pour compenser la plus grande présence de l’évêque hors de Clermont-Ferrand : significativement, les ordinations y ont désormais lieu.

Funérailles de Mgr Jean-François Marnas, 1932 – Archives diocésaines

Affiche du Mystère de 1947 : Notre-Dame triomphant du diable – Archives diocésaines