La prière de l’âne… par une paroissienne de Notre-Dame de Clermont


La Fuite en Égypte – Vittore Carpaccio, 1500 – National Gallery of Art, Washington – Domaine public

 

La prière de l’âne

Bonjour à tous, et à vous particulièrement les enfants.

Eh oui, je suis un âne, mais pas n’importe lequel et je vous expliquerai pourquoi un peu plus loin.

« Bête comme un âne »Eh bien moi, je peux vous dire que je suis très intelligent. Têtu, certainement, mais intelligent, oui. Et si l’on mettait autrefois « mon bonnet »aux élèves qui n’avaient pas de bonnes notes, ce n’était pas pour les humilier, bien au contraire. On espérait que de cette manière je pourrais leur transmettre mon intelligence. Mais hélas ma réputation s’est peu à peu transformée et dégradée au cours des âges. Et souvent, l’âne n’est pas celui auquel on pense ! Je suis humble, attachant, affectueux et bienveillant. Et pourquoi ne pas le dire ?  J’ai de beaux yeux et mon regard reflète toute la douceur que j’ai au fond de moi.

Pardon, Seigneur, ce n’est pas bien de se vanter ainsi mais voilà, tant pis, je l’ai dit.

Alors pourquoi, me direz-vous, je ne suis pas n’importe lequel parmi mes frères équidés ? Et bien voilà : c’est moi qui étais dans l’étable la nuit de Noël. Eh oui, avec mon souffle j’ai pu réchauffer ce petit qui venait de naître. Bon, je n’étais pas seul c’est vrai, et je vais être franc. Il y avait aussi mon ami le bœuf et à nous deux nous avons pu maintenir une douce chaleur dans cette froide nuit.

Qu’il était beau, ce bébé ! Sa jeune et jolie maman rayonnait de bonheur malgré le peu de confort des lieux, mais pour elle et son mari, cela n’avait pas d’importance. Pour eux, rien d’autre n’existait que ce petit enfant qui leur souriait déjà. J‘ai appris qu’elle s’appelait Marie, le papa Joseph et le bébé Jésus, l’Emmanuel.

Et bizarrement, dans cet endroit ignoré et insolite pour une naissance, beaucoup de personnes sont venues leur rendre visite. Tout d’abord, de nombreux bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. Avertis par un ange, ils vinrent se prosterner devant l’enfant couché dans une mangeoire, émerveillés et tout émus par ce qu’ils venaient de découvrir. Ils entraient avec 2 ou 3 jeunes agneaux et, bien sûr, les troupeaux restaient dehors. Je n’ai jamais entendu une telle symphonie de bêlements et c’était pour eux leur façon d’exprimer leur participation et leur joie devant cet évènement.

Ensuite, sont arrivés 3 personnages magnifiquement vêtus et j’ai cru comprendre qu’ils venaient de très loin, suivant une belle étoile qui leur indiquait le chemin. Ils avaient effectué tout ce long voyage pour venir adorer le Roi des Juifs.

C’était vraiment la nuit des surprises pour moi. Non seulement je venais d’assister à une naissance hors du commun, mais je venais d’apprendre que j’avais réchauffé un « bébé-roi ». Mais, mon Dieu, moi qui suis un âne insignifiant, qu’ai-je donc fait pour mériter un tel bonheur et un tel honneur ? Je ne saurais le dire mais ce que j’ai pu faire, ce fut d’exprimer toute ma gratitude et dire : merci mon Dieu pour tant de joie ! Mais j’ai quand même appris par la suite, au cours des années, que Dieu se servait souvent des petits pour accomplir de grandes choses. Alors !

J’en reviens aux 3 personnages hauts en couleurs. Il paraît que c’étaient des mages venus d’Orient et j’ai même retenu leurs noms : Gaspard, Melchior et Balthazar. Ça sonne bien, vous ne trouvez pas ? Ils étaient certainement très riches, vu leurs vêtements et les cadeaux qu’ils offraient au « bébé-roi » : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Je ne sais pas bien à quoi ça sert et j’ai trouvé ça très curieux mais on n’explique pas tout à un âne. D’habitude, on offre des jouets aux nouveau-nés ! Mais devant tout ce que j’avais vécu d’extraordinaire au cours de cette nuit pas comme les autres, je ne m’étonnais plus de rien ! Et ils sont repartis dans leur pays.

Un ange est alors venu dire à Joseph de vite fuir en Egypte car un méchant voulait tuer l’enfant. Encore une incompréhension de ma part : comment peut-ton vouloir tuer un tout-petit ? Toujours est-il que Marie et Joseph ont préparé leurs affaires en toute hâte pour partir dans ce lointain pays.  Quel début de vie tourmenté ! Et là, je vais vous dire, croyez-vous que ces parents tellement heureux mais aussi tellement inquiets auraient confié ce qu’ils avaient de plus cher au monde à un animal stupide ?  Bien sûr que non.

Et je fus l’heureux élu. Marie, assise sur mon dos, tenait contre son cœur bébé Jésus, l’enveloppant bien dans sa cape pour le protéger du froid.  Joseph marchait à nos côtés, tenant mes rênes par habitude, car il savait bien que je ne ferai pas n’importe quoi. Je suivais docilement la piste, investi d’une mission que je n’aurais jamais imaginée. Et je faisais bien attention à ne pas trébucher sur les pierres, pensant au précieux fardeau que j’avais sur mon dos. Quel voyage ! Plus de 600 kms à travers un désert aride, plein d’embûches, mais Marie et Joseph ne se plaignaient jamais et moi, dans ma tête d’âne, je priais comme je pouvais, remerciant Dieu pour tout ce qui m’arrivait, tout en lui demandant de nous protéger.

Puis, le danger s’est écarté. Nous avons appris que le méchant monsieur venait de mourir et que nous pouvions retourner « chez nous ». Et voilà le voyage inverse à effectuer. Bébé-Jésus avait grandi mais pour moi c’était une charge tellement légère, lui et sa maman. Rien que pour le bonheur d’être avec eux, j’aurais fait ce voyage toute ma vie.

Nous sommes donc arrivés à Nazareth où vivaient Marie et Joseph. Jésus a grandi. Il était soumis à ses parents puis il est devenu un homme et travaillait les charpentes avec son papa Joseph.

A l’âge de 30 ans, il est parti pour parler de Dieu, son Père, à beaucoup de monde. Il faisait des miracles, accomplissait de grandes choses et les gens l’écoutaient et admiraient son enseignement. Moi, pendant ces longues années, j’ai connu des jours heureux et tranquilles dans l’enclos à côté de chez eux, vivant ma condition d’âne dans l’anonymat et la simplicité.

Trois ans plus tard, au moment de la fête de la Pâque, Jésus est entré triomphalement dans Jérusalem. Il ne voulait pas y pénétrer à pied et avait besoin d’un âne. Moi, j’étais bien trop vieux à ce moment-là mais pour me remercier de ma fidélité et de mes bons et loyaux services, Jésus m’a fait un cadeau merveilleux en choisissant un de mes ânons. Les gens le couvraient de leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. La foule l’acclamait de toute part, beaucoup de personnes étendaient leurs manteaux sur le chemin ou bien des feuillages coupés dans les champs et chantaient : Hosanna au plus haut des cieux !

J’étais là, bien sûr, une telle joie ne se refuse pas.  Et comme j’étais fier de voir mon fils porter le « bébé-roi » d’autrefois, que l’on appelait le Messie de Dieu. Cette entrée à Jérusalem m’a arraché des larmes de bonheur, dans mes « beaux yeux » pleins de douceur.

Pardon encore, Seigneur, pour ce petit moment de vanité mais surtout un immense merci pour tout ce que tu m’as permis d’accomplir avec toi.

Et si ce Noël 2020 ne sera pas tout-à-fait comme les autres, sachez, les enfants, que le bébé-roi vous apporte son message de paix et d’amour, tout comme autrefois dans une étable sous le ciel de Bethléem. Que toutes les étoiles de cette nuit-là vous accompagnent, qu’elles éclairent votre chemin, et n’oubliez jamais que Jésus vous aime par-dessus tout. Alors, sachez lui dire merci pour tout ce qu’il vous donne.

Et maintenant, vous avez compris pourquoi je ne suis pas n’importe quel âne ! J’ai eu vie très riche mais je n’ai pas de nom.  Qui veut bien m’en trouver un ?

Geneviève