La prière du rameau… d’une paroissienne de Notre-Dame de Clermont


La prière du rameau

Je m’appelle le buis, ou le rameau. Tu sais, Seigneur, normalement on parle beaucoup de moi en cette période de l’année. Je ne fais pas partie des arbustes les plus beaux, s’enorgueillissant de multiples fleurs aux couleurs chatoyantes. Non, je suis un simple arbrisseau voisinant avec d’autres espèces dans la nature ou les jardins. Mais j’ai d’autres atouts !

Tout d’abord, mes feuilles se parent d’un très joli vert. Puis mes fleurs, attendrissantes dans leur humilité, exhalent un parfum d’une douceur infinie, délicat, inimitable, capable de rendre jaloux les roses et le jasmin. Merci, Seigneur, pour ce prodige malgré ma petitesse.

Puis tu m’as investi d’un rôle des plus importants. Tu n’as pas porté ton choix sur la reine des fleurs mais sur moi, petit arbrisseau. N’est-ce pas moi qui ai accompagné ton Fils lors de son entrée triomphale à Jérusalem ?

Seigneur, toi seul sais te servir des petits pour accomplir de grandes choses. Merci, Seigneur, d’avoir pu participer à cet événement unique dans la chrétienté.

Je suis même mentionné dans la Bible. Quel honneur pour moi, petit arbrisseau ! Et chaque année, je reviens tenir mon rôle avec grande fierté, en ce jour qui porte mon nom. Au fait, je ne connais pas d’autres arbustes jouissant de ce haut privilège. Non, je ne dois plus penser à ça. Je risquerais d’en retirer de la vanité !

Les adultes, avec dévotion, serrent dans leurs mains un bouquet de mes petites branches. Les enfants, quant à eux, voient se balancer avec convoitise les jolies sucreries qu’ils pourront déguster à la fin de la cérémonie. Mais pas tous… Merci, Seigneur, d’avoir besoin de moi malgré ma petitesse.

Mais cette année, Seigneur, je peux te le dire, je suis bien triste et désemparé. Serais-je devenu inutile ? Je ne pourrai pas envahir les églises au son des chants de fête. Mon parfum ne servira à rien. Alors, que faire ? Seigneur, aide-moi à trouver une solution. Mais peut-être l’ai-je déjà ! D’abord, j’arrête de me lamenter, ce qui n’a jamais été efficace. Et puis, je sais qu’en cette période difficile, même dans le confinement, chacun prie chez soi avec foi et espérance. « Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra »  [Mt 6,6]

Je sais que le jour des Rameaux, ceux qui ont la chance d’en avoir dans leur jardin mettront un bouquet sur leur fenêtre, en pensant à ceux qui n’en n’ont pas. Tout comme ce fut le cas avec une bougie le jour de l’Annonciation. Je sais que les cérémonies de la Semaine Sainte auront lieu, différemment, mais elles auront lieu et, je suis sûr, avec une ferveur particulière et intense. Je sais que la nuit Pascale sera célébrée, différemment elle aussi, mais je sais surtout que le Christ surgira vainqueur du tombeau.

Merci, Seigneur, de mettre l’espérance au cœur de chacun, avec ou sans moi !

Geneviève Vaz