« L’église Saint-Pierre-les-Minimes : son histoire, son architecture et ses richesses artistiques », une conférence du 23 janvier 2020


Photographies © Pascal Piéra [cliquer pour agrandir]

Conférence donnée dans le cadre des « Rencontres de Saint-Laurent »

par M. Pascal Piéra, 
Docteur en histoire de l’art moderne,
Médiateur culturel au Service d’animation du Patrimoine de Riom, Limagne et Volcans

Résumé de la conférence par Yves Mossé

 

Devant une assistance nombreuse réunie à l’Espace Saint-Laurent, M. Pascal Piéra a exposé l’histoire, l’architecture et les richesses artistiques de l’église Saint-Pierre-les-Minimes au cours d’une conférence riche et passionnante. On se contentera ici d’en faire un bref, et donc incomplet, résumé pour en souligner les points principaux. En effet, Saint-Pierre-les-Minimes est un des fleurons du patrimoine clermontois mais trop peu connu.

Initialement, c’était la chapelle du couvent des Pères Minimes. Cet ordre mendiant, qui a pour règle notamment une stricte pauvreté, fut renforcé par la Contre-Réforme issue du Concile de Trente. Il arrive à Clermont en 1620, non sans rencontrer l’hostilité des communautés existantes et des Échevins. C’est en 1626 que les Minimes reçoivent l’autorisation de construire leur couvent, dans un emplacement marécageux et insalubre, à proximité de nombreux tanneurs, situé à un angle de l’actuelle place de Jaude, sur le territoire de la paroisse Saint-Adjutor. Ils créent d’autres couvents dans le Puy-de-Dôme notamment à Beauregard-l’Évêque et à Courpière.

Les jardins du couvent, dont la communauté ne fut jamais importante [9 moines en 1737], furent le théâtre d’une partie de l’expérience de Blaise Pascal sur la pesanteur de l’air.

La chapelle dont la première pierre fut posée en 1630 présente, conformément au style de la Contre-Réforme, un parti architectural simple : une nef unique à trois travées, un pseudo-transept et des chapelles latérales communicantes. La voute est à la mode gothique et les dimensions sont imposantes. Les blasons des familles (Duprat, Ribeyre, Saulnier…) qui financèrent la construction figurent sur les clefs de voute des chapelles qui les honorent.

La devise des Minimes, Charitas, est mise en évidence notamment sur la façade. Celle-ci fut construite vers 1701-1703. Très sobre, elle ne manque pas d’élégance. On y retrouve les inspirations des églises italiennes de la Contre-Réforme comme celle du Gesù à Rome ou d’autres églises jésuites. Des exemples comparables peuvent être vus à Effiat et au Puy-en-Velay notamment. La porte principale est de style baroque. Un clocheton très réussi masque les revers du toit.

En 1790, l’ordre des Minimes fut supprimé. À partir de 1793, la chapelle fut utilisée par la Ville pour tenir des séances populaires. En 1796, l’église Saint-Pierre située sur l’emplacement de l’actuel marché ayant été détruite, la chapelle des Minimes devint, au moment du Concordat, église paroissiale et prit le nom que nous connaissons.

A la fin du XIXe siècle, on décida d’agrandir l’église pour répondre aux besoins de la paroisse en pleine expansion démographique. C’est l’architecte Jean Teillard qui fut sollicité pour diriger les travaux. Il est connu pour ses nombreuses réalisations clermontoises comme le lycée Jeanne-d‘Arc ou le théâtre municipal. Teillard rasa le clocher, conserva la façade, construisit le dôme actuel et déplaça le chœur et le maître-autel au-delà de ce dôme. Celui-ci est très réussi : un dôme nervuré reposant sur un tambour rythmé par des pilastres, une tourelle d’escalier se greffant sur le tambour. Ce dernier est percé de baies. La coupole est ajourée d’oculi. Une élégante flèche surmonte le tout. On peut comparer ce dôme, qui rappelle l’influence de Saint-Pierre de Rome, à ceux des Invalides, de l’Institut ou de la Sorbonne à Paris. Teillard agrandit l’église, aménage le pseudo transept et le chœur destiné à recevoir le retable de Sureau. L’œuvre de Teillard présente une belle unité d’ensemble.

La nef, qui a une ampleur majestueuse, est rythmée par des colonnes peintes pour simuler remarquablement le marbre. Les chapiteaux couronnant les pilastres sont de Gourgouillon [1897]. Les tribunes sont aussi très réussies avec des agrafes sculptées. L’argent manqua pour peindre les décors envisagés pour la coupole. Près du transept, on note un superbe escalier à vis en pierre de Volvic. Les travaux s’achevèrent en 1903, ce qui explique la présence des armoiries de Léon XIII, de Pie X et de Mgr Belmont, évêque à ce moment-là.

Au centre du chœur, le splendide retable d’Antoine Sureau provient de l’ancienne église des Cordeliers. Composé en trois parties, avec son décor baroque, il est dominé par un globe surmonté d’une croix. De part et d’autres, on peut voir des médaillons honorant Saint-François et des médaillons [ou « conformités »] de bras croisés [celui du Christ et de saint François] enchâssés dans le décor. Au centre, la belle peinture de Guillaume Rome date de 1637, rappelant l’adoration des Mages de Véronèse. Elle représente Jésus, Marie, Joseph et des personnages qui rappellent les personnages des crèches. Le tableau, très structuré, est une sorte de synthèse entre l’ancien monde [les ruines antiques rappelant l’arc de Titus] et le nouveau avec le Christ. Le peintre s’est, sans doute, représenté en bas à gauche sous les traits d’un personnage en habit Louis XIII. Un Cordelier accoudé à un poteau est présent dans le tableau.

 

L’église comporte d’autres œuvres d’art remarquables. On peut citer notamment :
– la très belle Vierge de Tendresse qui témoigne de la puissance du culte marial,
– le bénitier qui provient de l’église Saint-Adjutor,
– les quatre Évangélistes par le peintre flamand, Artus Wolffaert,
– le superbe crucifix baroque comporte une Croix à quatre clous au pied de laquelle figure un Cordelier,
– la statue de Saint-Pierre [1876] est une réplique de celle de Saint-Pierre de Rome,
– de beaux vitraux de la deuxième partie du XIXe siècle honorent en particulier saint François, sainte Anne et Léon XIII.

Des sculptures de grande qualité [1937-1940], réalisées par Georges Serraz et Yvonne Parvillée, sont notamment consacrées à saint Joseph et au Sacré-Cœur.

 

Il faut aussi souligner le superbe mobilier sobre et dépouillé réalisé dans les années 1960 par Jacques et Michèle Serre, céramistes renommés. Les « deux potiers » réalisèrent notamment les fonds baptismaux, le chandelier, la console, le vitrail et le sol décoré. Cet ensemble est malheureusement incomplet.

Les Serre firent aussi le chemin de Croix, en 15 stations, d’une grande force expressive, avec notamment un Christ bouleversant.

 

Philippe Kaeppelin réalisa vers 1966 le maître-autel, le Crucifix et les candélabres. En décembre 2019, fut béni le nouvel ambon, œuvre d’Alain Dumas [»» lire ici]. C’est une grande réussite. En marbre rouge de Caunes-Minervois, il rappelle les colonnes de la nef.

On ne doit pas omettre la sacristie. Celle-ci comporte des meubles baroques du XVIIIe siècle et notamment d’exceptionnelles tours à calices sculptées. Un beau buste baroque de saint Pierre peut être noté.

Enfin, sous le chœur, on trouve une Vierge à l’Enfant du XVIIe siècle provenant sans doute de l’ancienne église Saint-Pierre. La Vierge, en pierre de Volvic,  est représentée terrassant le dragon.

Il faut à nouveau remercier Monsieur Piéra de nous avoir permis de mesurer à sa juste dimension la beauté de Saint-Pierre-les-Minimes.