L’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem commentée par un moine bénédictin


Entrée du Christ dans Jérusalem, Bible en images, 1197, B.M Amiens © enluminures.culture.fr    

 

L’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem

Dans L’Année liturgique, son oeuvre monumentale publiée à partir de 1841, Dom Prosper Guéranger, Abbé de Solesmes [de 1837 à 1875] décrit l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem.

« … Le prophète Zacharie avait prédit cette ovation préparée de toute éternité pour le Fils de l’homme, à la veille de ses humiliations : “Tressaille d’allégresse, fille de Sion, avait-il dit; livre-toi aux transports de la joie, fille de Jérusalem; voici ton Roi qui vient vers toi, il est le Juste et le Sauveur. Il est pauvre, et il s’avance monté sur l’ânesse et le petit de l’ânesse” [Zach. 9,9]…
… Les saints Pères nous ont donné la clef du mystère de ces deux animaux. L’ânesse figure le peuple juif qui, d`es longtemps, avait été placé sous el joug de la Loi; “l’ânon sur lequel dit l’Évangile, aucun homme n’était encore monté” [Marc 11, 2], représente la gentilité, que nul n’avait domptée jusqu’alors. Le sort de ces deux peuples se décidera d’ici à quelques jours. Pour avoir repoussé le messie, le peuple juif sera délaissé; en sa place Dieu adoptera les nations qui, de sauvages qu’elles étaient, deviendront dociles et fidèles.

Les disciples étendent leur vêtements sur l’ânon; alors Jésus, pour accomplir la figure prophétique, monte sur cet animal [Marc 11, 7], et se prépare à faire son entrée dans la ville…
… Le cri d’Hosanna tentait et la grande nouvelle dans la cité, c’est que Jésus, fils de David, vient d’y faire son entrée comme Roi.

C’est ainsi que Dieu, dans sa puissance sur les cours, ménagea un triomphe à son Fils au sein même de cette ville qui devait, si peu de temps après, demander à grands cris le sang de ce divin Messie…
… Dans les temps de la naissance de l’Emmanuel, nous vîmes les Mages arriver du fond de l’Orient, cherchant et demandant à Jérusalem le Roi des Juifs, afin de lui rendre leurs hommages et de lui offrir leurs présents; aujourd’hui c’est Jérusalem elle-même qui se lève comme un seul homme pour aller au-devant de lui. Ces deux faits se rapportent au même but ; ils sont une reconnaissance de la royauté de Jésus-Christ: le premier de la part des Gentils, le second de la part des Juifs. Il fallait que le Fils de Dieu, avant de souffrir sa Passion, eût recueilli l’un et l’autre hommage… »

 

La bénédiction des Rameaux

Le R.P Dom Prosper Guéranger [1805-1875], liturgique, restaurateur de l’ordre des Bénédictins en France, poursuit :

« La bénédiction des Palmes, ou des Rameaux, comme nous disons en France, est le premier rite qui s’accomplit sous nos yeux ; et l’on peut juger de son importance par la solennité que l’Église y déploie. On dirait d’abord que le Sacrifice va s’offrir, sans autre intention que de célébrer l’anniversaire de rentrée de Jésus à Jérusalem…
… Les prières employées à leur bénédiction sont éloquentes et remplies d’enseignements. Ces branches d’arbres, objet de la première partie de la fonction, reçoivent par ces oraisons, accompagnées de l’encens et de l’aspersion de l’eau sainte, une vertu qui les élève à l’ordre surnaturel, et les rend propres à aider à la sanctification de nos âmes, et à la protection de nos corps et de dos demeures. Les fidèles doivent tenir respectueusement ces rameaux dans leurs mains durant la procession, et à la Messe durant le chant de la Passion, et les placer avec honneur dans leurs maisons, comme un signe de leur foi, et une espérance dans le secours divin.

Il n’est pas besoin d’expliquer au lecteur que les palmes et les branches d’olivier, qui reçoivent en ce moment la bénédiction de l’Église, sont portées en mémoire de celles dont le peuple de Jérusalem honora la marche triomphale du Sauveur; mais il est à propos de dire quelques mots sur l’antiquité de cette coutume. Elle commença de bonne heure en Orient, et probablement, dès la paix de l’Église, à Jérusalem. Déjà au IV° siècle, saint Cyrille, Évêque de cette ville, atteste que le palmier qui avait fourni ses branches au peuple qui vint au-devant du Christ, existait encore dans la vallée de Cédron ; rien n’était plus naturel que d’en tirer occasion pour instituer une commémoration anniversaire de ce grand événement. Au siècle suivant, on voit cette cérémonie établie, non plus seulement dans les Églises de l’Orient, mais jusque dans les monastères dont les solitudes de l’Égypte et de la Syrie étaient peuplées…
…En Occident, ce rite ne s’établit pas aussi promptement; la première trace que l’on en trouve est dans le Sacramentaire de saint Grégoire : ce qui donne la fin du VIe siècle, ou le commencement du VIIe. A mesure que la foi pénétrait dans le Nord, il n’était même plus possible de solenniser cette cérémonie dans toute son intégrité, le palmier et l’olivier ne croissant pas dans nos climats. On fut obligé de les remplacer par des branches d’autres arbres; mais l’Église ne permet pas de rien changer aux oraisons prescrites pour la bénédiction de ces humbles rameaux, parce que les mystères qui sont exposés dans ces belles prières sont fondés sur l’olivier et la palme du récit évangélique, figurés par nos branches de buis ou de laurier. »

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Le récit des quatre évangélistes de l’entrée du Christ dans Jérusalem a fait l’objet d’une nombreuse et riche iconographie, et notamment de belles enluminures dont on trouve ici certaines des plus anciennes [cliquer sur les images ci-dessous pour les agrandir].

 

Graduel à l’usage de l’abbaye Notre-Dame de Fontevrault, vers 1250-1260, B.M Limoges © enluminures.culture.fr

Missel, vers 1280-1290, B.M Clermont-Ferrand © enluminures.culture.fr

Missel à l’usage de l’abbaye de Montier-en-Der, vers 1335,  Bibl. Mazarin Paris © enluminures.culture.fr

Missel romain, vers 1370, B.M Avignon © enluminures.culture.fr

Graduel à l’usage de l’abbaye Sainte-Rictrude de Marchiennes, 1548, B.M Douai © enluminures.culture.fr