Obsèques de Mgr Hippolyte Simon : le témoignage du Père Paul Destable, ancien Vicaire général


Le 29 août 2020 – Photographie © WebTV Diocèse de Clermont

 

De 2002 à 2011, le Père Paul Destable, curé de la paroisse Notre-Dame de Clermont et recteur de la Cathédrale, a été le plus proche collaborateur de Mgr Hippolyte Simon en tant que Vicaire Général du diocèse de Clermont.

Au début de la messe des funérailles du 29 août 2020, il a offert un témoignage à son ancien évêque, à la demande de Mgr François Kalist, archevêque de Clermont, successeur de Mgr Simon.

 

 

Obsèques de Mgr Hippolyte Simon,
Archevêque émérite de Clermont

Témoignage personnel du Père Paul Destable, ancien Vicaire général

 

          Nous avons perdu un proche. Le jour de son ordination, le nouvel évêque reçoit l’anneau pastoral qui signifie son attachement à l’Eglise. Il lui est dit : « Recevez l’anneau symbole de fidélité, en gardant une foi sans tâche soyez parfaitement fidèle à l’Eglise qui est l’Épouse du Christ. »

              L’Église est une famille et lorsque celui qui a été son pasteur pendant 20 ans connait une longue souffrance et décède elle est dans la peine. Depuis que le Père Hippolyte Simon est parti en retraite il ne s’est pas passé une semaine sans que quelqu’un me demande de ses nouvelles.

            Nous ne sommes pas réunis dans cette cathédrale pour faire l’éloge d’une autorité disparue, nous sommes invités à rendre grâce à Dieu pour le service et le témoignage que le Père Hippolyte Simon a vécu parmi nous. Cet homme avait beaucoup de cordes à son arc, il aurait pu réussir dans d’autres métiers ou d’autres fonctions mais il a choisi librement de mettre toute son intelligence et son énergie au service de l’Église et de l’Évangile. Il aimait beaucoup composer des paraboles pour servir l’annonce de l’Évangile dans la société contemporaine. Je retiendrai trois moments de son épiscopat qui sont des paraboles de ce qu’il a voulu être comme ministre du Christ.

             Le rapport Dagens. Avant même d’être évêque, il a été appelé à rejoindre une équipe pluridisciplinaire autour de Mgr Dagens. Cette équipe avait pour mission de penser les nouvelles conditions de la proposition de la foi dans la société contemporaine. Le Père Simon s’est passionné pour cette recherche, et qui ne l’a pas entendu évoquer de nombreuses fois ce rapport Dagens. Celui-ci a constitué le socle de la lettre adressée par la Conférence des évêques aux catholiques de France : “ Proposer la foi dans la société actuelle. ” Cette recherche correspondait parfaitement à son charisme : nous aider à penser les rapports entre l’Église et la société civile, avec comme arrière fond philosophique le rapport dialectique et fécond de la foi et de la raison. Je l’imagine facilement en train de débattre de cette question avec un autre clermontois né à 100 mètres d’ici : Blaise Pascal. Il avait un point commun avec le cardinal Lustiger : pour penser la mission de l’Église, il ne se laissait pas enfermer dans des problèmes ecclésiaux ou ecclésiastiques mais au contraire, il partait toujours d’un regard sur ce monde qui est la vigne vers laquelle le Seigneur appelle et envoie des ouvriers.

               Une deuxième parabole ; la remise de la médaille des justes à Mgr Piguet, le 22 juin 2001. Comme cette médaille était remise à titre posthume, elle a été remise symboliquement au Père Simon et cela a revêtu une grande importance pour lui qui était très sensible à la réalité politique et au dialogue interreligieux. Il s’est, du coup, beaucoup attaché à la figure de Karl Leisner ce jeune diacre qui a été ordonné clandestinement par Mgr Piguet alors que tous deux étaient prisonniers à Dachau. Il a entrainé beaucoup de jeunes à découvrir ce témoignage car il reconnaissait dans cet évènement modeste et caché un signe prophétique du refus de la barbarie et de l’annonce d’une Europe réconciliée.

               Une troisième parabole : c’est durant la même année 2000, Jubilé de l’Incarnation, que s’est déroulé le synode diocésain et inauguré le nouveau centre diocésain. Pour lui, le grand trésor du synode ce fut les 1.300 équipes qui se sont réunies pour débattre de la vie et de la mission de l’Eglise. Il aimait répéter : « le fruit du synode est dans le synode lui-même », lui qui aimait tant exposer son point de vue par écrit comme par oral croyait à la vertu du dialogue et du débat pour expérimenter la communion. En arrivant à Clermont il a su reconnaître le dynamisme impulsé par le centre diocésain qui réunissait déjà depuis 30 ans l’ensemble des mouvements et services de notre Diocèse. Il a invité toutes les forces pastorales existantes dans une nouvelle aventure : la construction d’un nouveau centre diocésain avec une architecture contemporaine et un emplacement de choix sur une des principales avenues de la ville de Clermont. Et s’il est permis de sourire en un moment aussi grave : lui qui était passionné  et compétent en ce qui concerne la relation entre l’Église et la société a construit le Centre Diocésain, avenue de la République ! Son intelligence était celle d’un pasteur qui aide le troupeau à sortir de la bergerie pour vivre l’aventure de la foi et de l’espérance.

         En terminant, je voudrais exprimer deux motifs de reconnaissance dans ma collaboration avec lui.

                Cet homme, cet évêque était capable d’avoir une idée à la minute et il aurait pu devenir un aventurier solitaire. Or j’ai admiré chez lui un sens très développé de la délégation. Constamment il m’a fait confiance dans mon ministère de vicaire général. Cela a dû lui demander beaucoup de patience.

                Le second motif, c’est qu’il fut un authentique et courageux responsable. Lorsque nous avons traversé des moments difficiles, il était entièrement présent et n’hésitez pas à prendre les risques nécessaires.

                   Hippolyte, je te remercie.

                   Que  le Seigneur que tu as si bien servi te garde dans sa paix !